Ames brisées par Emmanuelle Patron


poème précédent - poème suivant


AMES BRISEES

Quand on est jeune enfant
On aime jouer à la maman
Réflexe conditionné dans notre société
Où la féminité rime avec maternité.

Les années passent,
D’une vie sans attrait se lasse.
L’enfant devient jeune fille
En elle, les idées fourmillent
Elle veut quelqu’un a aimé
Pour l’éternité.

Puis vient le lycée,
Peut-être l’université,
Déjà plus une enfant,
Mais pas encore l’âge d’être maman.

Elle croit en l’amour
Qui dure toujours.
Elle attend le bon moment,
Son prince charmant,
Qui la transportera
Jusqu’au nirvana.

Et cela arrive sans prévenir,
Leurs regards se sont croisés
Plus jamais quittés,
Ils se prédestinent à un bel avenir.

Pourquoi attendre plus longtemps ?
Alors ils enchaînent tout rapidement.
Le mariage puis le bébé,
Ses études ? Elle n’en voit plus l’utilité !!!
Etre dépendante ?
Elle n’en mesure pas les conséquences …

Quelques temps ont passés,
Depuis les choses ont bien changé.
Un mari aimant,
Des tas d’enfants,
C’était son rêve de gamine,
Alors pourquoi cette grise mine ?

Sans un bruit, sans un cri,
Sans que personne ne l’ai prédit,
Après le mariage,
Elle a vu son vrai visage,
Il ne sera plus jamais le même
Pourtant il jure qu’il l’aime.

Que s’est-il donc passé
Dans leur intimité,
Pour qu’elle sursaute ainsi
Au moindre petit bruit ?


On se dit « c’est normal,
Après tout une dispute c’est banal ? »
Malgré les coquards,
Malgré son regard
Encore et toujours se taire,
« Ce ne sont pas nos affaires !!! »

La jeune femme
A perdu son âme,
A tout jamais
Pourtant elle le vénérait !!!
Il était respectable,
C’était un notable
Elle simple ménagère
Dont l’entourage n’avait que faire.

Pourquoi personne ne veut la croire
Pour son plus grand désespoir ?
Son mari est violent
Même avec les enfants …
Alors elle cache ses bleus
Invente des stratagèmes miséreux
Elle se demande ce qu’elle a bien pu faire
Pour attiser ainsi sa colère.

Elle rêve de fuir ce monde
Devenu tellement immonde,
Mais pour aller où ?
Elle se demande si ça vaut-il le coup ?
Toute sa vie c’est ses bouts de choux
Sans eux l’existence n’a aucun goût.

Elle sait, il l’a juré
Il fera d’elle une traînée.
Si jamais elle partait
Plus jamais elle ne les reverrait
Car on ne la croira pas
Il fera tout pour ça !!!

Alors malgré la peur
Elle veut que cesse l’horreur
Quand un matin au réveil
Après une colère sans pareil
Meurtries par des coups répétés
D’une telle intensité
Qu’elle ne peut plus taire la vérité
Elle doit les protéger.

Elle prends ses enfants
Même pas quelques vêtements,
Emplies de courage
Elle veut que cesse ce carnage,
Elle a enfin décidé de porter plainte
Même si elle est pleine de craintes.

Il se vengera, c’est une idée fixe
Simplement par dépis
Mais tant pis !!!
Elle décide de prendre le risque.

Lors du procès décision unanime,
Il doit payer pour son crime !
Elle est soulagée,
Il est condamné.

Mais comment se reconstruire
Après tant d’années à subir ?
Elle retrouve un peu d’honneur
Mais elle n’a plus de cœur
A jamais brisé
Impensable à recoller.

Elle aura de nouveau peur
Quand il sortira
Il lui fera payer ce déshonneur
Il ne pense qu’à ça !!!

Elle devra alors à nouveau fuir.
Courir, sursauter
Tout le temps se retourner
Au moindre bruit suspect
Elle n’aura jamais la paix !!!
L’amour peut nuire
Elle le sait maintenant
A ses dépends.

Elle veut vivre,
Ne plus survivre,
Pas pour elle cependant
Pour ses enfants naturellement !

Un jour viendra
Où elle s’apercevra
Qu’elle est une femme merveilleuse,
Que l’on peut être heureuse.
L’amour n’est pas que violence
Elle reprendra enfin confiance
Car se trouve en elle,
Une qualité exceptionnelle
Celle du courage
Devenu son adage.

La violence conjugale
Immorale mais tellement banale,
Seule maladie
Où l’on peut mourir
Même le mal excisé
Le coupable châtié.
Elle laisse des traces indélébiles
Que le temps ne peut guérir
C’est si facile de détruire
Et si difficile de reconstruire !!!

Trop de tabous ?
Tout le monde d’elle se fout.
Egoïste société refusant la réalité ?
Coups et viols justifiés
En se disant « c’est privé » ?

Faut-il que ces tragédies
Arrivent dans leur vie
Pour enfin comprendre
Qu’il fallait entendre
Tous ces cris de détresse
Tous ces SOS
Lancé par des enfants meurtris
Des êtres anéantis ?

Leur force, leur combat ?
Un hymne à la vie !!!
Peut-on remonter quand on est descendu si bas ?
Espérons que oui ….


Emmanuelle Patron

- commentaires :


Commentaires ouverts

Le site : Accueil - CONTACT
Thème Tragique