Ultime ballade par Monia


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"Messire Raimond... Me voici agenouillé près de vous

Humblement je suis venu prier, en simple troubadour !

Heureux compagnon de votre folle jeunesse, témoin privilégié de vos ardentes amours...

Permettez qu'une ultime ballade je compose pour vous en ce funeste jour.




Une aube glauque se lève doucement sur la cathédrale Saint-Nazaire,*

Voici qu'un faible rayon de soleil vient heurter de plein fouet les vitraux, les transperce...

Votre beau visage figé dans la sérénité de la mort il me révèle,

Je le voudrais repousser mais je ne puis... Il me foudroie de peine !





Mais le voilà qui danse sans respect sur le linceul funèbre,

Chatouille votre nez, dessine sur vos yeux clos un arc-en-ciel de rêve,

S'attarde sur vos joues livides et puis rougoie sur vos lèvres...

Et ainsi fait apparaître ce sourire charmeur qu'en secret mon âme espère.




Messire Raimond... Ecoutez!... Une douce musique joue à vos oreilles !

Peut-être suffira-t-elle à briser la torpeur glacée où votre coeur sommeille...

Le rayon remonte un peu, dépose sur votre front une douce caresse

Et vos cils frémissent Messire... comme se mettent à ondoyer vos boucles rebelles !




C'est alors que le rayon vient darder mon coeur d'une épine cruelle,

Moqueur il se retire et me revoici confronté à votre pâleur mortelle !

Tout n'était qu'illusions, rêveries éphémères...

Vous n'êtes plus Messire... J'en tressaille de détresse !




Au-dehors sur le parvis, une foule immense déjà se presse,

Inconsolable, elle défilera durant dix jours devant votre bière...**

Jeune vicomte infortuné... De nous tous le plus aimable des maîtres,

Pourquoi a-t-il fallu que le poison dans la mort vous entraîne ?





Messire Raimond... Il me faut vous quitter...

Déjà les gens s'engouffrent en pleurant... Je ne puis plus jouer !

Une ballade prochaine je vous promets où votre histoire sera contée...

Dans des siècles encore l'on s'en souviendra à Carcassonne comme à Béziers !




Rayon diabolique pourquoi me suis-tu ?

Je ne suis plus que larmes, tu ne m'aveugles plus !

Retourne vers mon maître, arrache-lui un sourire de plus...

Près de son corps inerte envole-toi... Je te remets mon luth...

Joue-lui donc la ballade qui dans mon coeur à jamais s'est tue !

En moi la lumière de l'amitié s'est éteinte ! Pars ! Que je ne te revoie plus !"







* Il s'agit là de l'ancienne cathédrale Saint-Nazaire de Carcassonne, aujourd'hui basilique, située tout près du château comtal.




** On ignore en réalité si, comme l'affirment les croisés, le corps de Trencavel fut exposé en la Basilique Saint-Nazaire ou dans la cour du château comtal. Tout aussi mystérieux demeure le lieu de son inhumation. Après enquête auprès des conférenciers
de la Cité de Carcassonne, l'hypothèse de la sortie d'un convoi funèbre vers l'Abbaye de Saint-Hilaire demeure exclue en raison même des risques d'attaque. L'ensevelissement dans la Basilique Saint-Nazaire est aussi à écarter, Trencavel ayant été déclar
é hérétique et excommunié... Reste la cour du Château Comtal où se dressait autrefois la chapelle des vicomtes, la Chapelle Sainte-Marie. Lors de fouilles entreprises voici une vingtaine d'années, des ossessements d'enfants auraient été mis à jour... ai
nsi que le squelette d'un homme adulte... S'il s'avérait qu'il s'agisse bien là de la dépouille mortelle du "plus pur chevalier de la terre occitane" (selon le comte de Foix), il appartiendrait alors à sa ville de lui offrir enfin une véritable sépulture
.



Monia

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