L'esprit du vent par Monia


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Alors que tu refermais le Livre, une puissante rafale s'en vint décoiffer la clairière...

La lune se fit plus ronde en son refuge... Inquiets, les animaux se couchèrent...

Les branches affolées plièrent comme roseau sous le souffle impétueux du vent,

Le jardin de Dieu s'emplit d'un étrange écho... Borâq frissonna violemment.



Ecartelée en ses pauvres brins tordus, l'herbe crissa sous l'étau vif de la douleur,

Les étoiles, happées par le tourbillon bleu de la nuit, s'abîmèrent en pleurs...

Les arbres, à demi-déracinés, égarèrent leurs couronnes de feuilles verdoyantes,

La pluie déchaîna son déluge... Le sol meurtri se gorgea d'une écume bouillonnante.




Miraculeusement épargné, tu te levas d'un bond pour mieux observer,

Une guirlande de tempête apparut soudain qui enserra ta taille en son noeud argenté...

Démesuré, vipérin, le typhon exhala son venin sur le rivage tourmenté de l'océan,

Ses crocs acérés frôlèrent ton visage... La crête des vagues s'irisa de gouttes de sang.




"Méchant Esprit" t'exclamas-tu, indigné : "Si seulement j'étais Sulaymân le Sage,*

Je te demanderais de te faire petit, de t'en aller ailleurs... vers un autre voyage !

Car entourer mon corps de ta ceinture maléfique ne servira à rien...

Dieu me protège de Sa grâce divine... Avec Lui à mes côtés, je ne crains plus rien !"



A ton intense stupeur, le monstrueux ruban ondula et se fit plus fin...

Le typhon s'affaiblit pour se muer en cyclone, puis en tornade, en ouragan enfin...

Ebloui, tu contemplas la mystérieuse forme docile qui lentement diminuait...

Les vagues lavèrent les larmes de la lune... La forêt se remit à respirer.




"Elu de Dieu" siffla l'énorme reptile, exhibant sa longue langue fourchue,

"Les pouvoirs de Sulaymân sont tiens désormais... Que ne les utilises-tu ?

J'ai encore en mes flancs visqueux assez de hargne pour semer la terreur sur la terre...

Ainsi les hommes ne douteront plus de l'existence de Dieu... Je m'emploierai à les convaincre !




- Esprit du vent" répliquas-tu, attristé : "La foi est une fleur délicate et exquise...

Qui ne peut s'épanouir sous le joug barbare de la tyrannie... C'est la leçon que j'ai apprise !

L'âme qui ploie sous l'oppression ne saurait s'adonner sincèrement à la piété...

On obtient bien plus par le voile clair de la douceur, mon ami... Sois-en persuadé !




- Fils de Lumière" soupira le vent : "Tes paroles ont la tendresse des pétales de rose...

Comment s'étonner si je m'étourdis à leur envoûtante symphonie et à nouveau me métamorphose ?

Me voici à présent devenu brise inoffensive dansant sur les notes mauves de la forêt...

Je bus philtre d'amour à l'ombre de tes lèvres, ami... et je m'en suis grisé !"




Une aube radieuse empourpra le ciel, le soleil souleva les dentelles de son berceau...

Borâq hennit de bonheur... L'air gazouilla du chant suave des oiseaux.

Par milliers, des petites fourmis quittèrent leur abri de terre et trottinèrent jusqu'à toi...

Une bulle de sérénité plana sur ton coeur que tu cueillis gentiment à l'abri de tes bras.






* Sulaymân ou Salomon, croyance commune aux trois religions monothéistes : le Christianisme, le Judaïsme et l'Islam.



Monia

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