CHANSON CRUELLE par Jacques Myrat


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Avec tes sabots noirs
Et ta jupe mitée
Tu traversais les soirs
Frissonnants de rosée
En aguichant les gars
Qui passaient dans la plaine.
Mais tu ne voulais pas
De leurs offrandes vaines.
De tous les gars que tu croisais,
Tu te moquais, Marie-Germaine.
A leur amour, tu leur disais
D'aller porter des chrysanthèmes.

Quand je te rencontrai,
Je te croyais pucelle
A ton sourire frais,
Tes yeux de tourterelle.
Mais tu étais déjà
La fille à tout le monde
Qui tombais dans les bras
Des galants à la ronde.
De mon amour, tu te foutais
Et tu me dis, Marie-Grmaine,
Que je pourrais quand je voudrais
Lui apporter des chrysanthèmes.

Puis tu fis le tapin
En manteau de fourrure,
Pour gagner du gratin
Et de belles parures.
Tu écumais les bars
Sur les Champs-Elysées
Et t'offrais des tocquards
Pour finir tes soirées,
Pigeons que tu apprivoisais,
Dont tu disais, Marie-Germaine,
Qu'à leur pognon que tu bouffais,
Tu offrirais des chrysanthèmes.

Mais ton teint décrépi
Disparaît sous tes rides.
Tu erres dans Paris
Avec le ventre vide.
Où sont donc les amants
Qui pour toi se ruinèrent
Et tous les prétendants
Dont tu riais naguère ?
Un matin gris, tu crèveras,
Seule, pauvre Marie-Germaine,
Et sur le sol où tu seras,
J'irai jeter des chrysanthèmes.

Jacques Myrat.

Jacques Myrat

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Thème La mort